Aujourd'hui nos rituels 7 : de noir et d'orange
Entre traditions européennes et influences nord-américaines, Halloween s'invite chaque automne en France sans jamais vraiment y trouver racine. Pourtant, Halloween puise ses origines bien au-delà de l'Atlantique, dans des rituels celtes liés aux défunts et à la fin de l'automne. Jean Loignon nous invite à redécouvrir ces symboles ancestraux qui, sous les oripeaux modernes, évoquent une éternelle confrontation humaine avec la mort et le passage des saisons.
Les congés de la Toussaint voient le retour des tentatives de célébrer l'Halloween, sur le modèle nord-américain. De fait, mis à part la décoration de vitrines des magasins et quelques animations pour les enfants en vacances, la greffe de cette fête n'a jamais vraiment réussi en France, pourtant friande d'américanisation de son quotidien.
Pourtant l'origine de la fête d'Halloween est pleinement européenne. Au commencement était un culte rendu au dieu celte Samain, accompagné de rites visant à se concilier les défunts, sur fond d'angoisse liée au raccourcissement des jours. Mais l'expansion de la culture romaine et du christianisme hostile aux rites païens éradiqua ce culte, dilué alors dans de vivaces coutumes et superstitions populaires. Au Moyen Âge, l'Église catholique les neutralisa en instituant au 1er novembre une fête de tous les saints, suivie le lendemain d'un jour dédié aux morts.
La position périphérique de l'Irlande en Europe avait permis une plus grande persistance de la culture celte et c'est dans le folklore gaélique, que de se développa la légende de Jack O'Lantern. Ce sinistre personnage avait commis tant de péchés que l'accès au paradis lui était interdit ; mais parce qu'il avait aussi, par ruse, trompé le diable, l’accès à l’enfer lui fut également refusé et il fut condamné à errer pour l'éternité, guidé par la flamme d'une lanterne creusée dans un navet. La veille de la Toussaint, soit en anglais « All Hallows Even » d'où Halloween, une modeste offrande devant les maisons permettait d'éviter un sort funeste jeté par l'effrayant personnage. L'histoire tragique de l'Irlande au 19e siècle jeta des millions d'irlandais qui transportèrent avec eux la légende de Jack O'Lantern. En Amérique, le navet céda la place à l'indigène citrouille, donnant une couleur orange définitive à l'Halloween. L'anglophonie commune entre Etats-Unis et Canada favorisa la diffusion de la fête et l'intégration via un catholicisme commun de nombreux Irlandais au Québec la rendit très populaire sur les bords du Saint-Laurent.
Au-delà de son aspect mercantile coloré de noir et d'orange, que nous révèle l'Halloween ? Une sensibilité au cycle des saisons avec un automne annonciateur de la mort hivernale de la nature, à laquelle pourrait s'ajouter une inquiétude climatique grandissante ? Le besoin de conjurer par le rire une angoisse universelle face à la mort, événement incontournable, pourtant largement invisiblisé dans notre société ? Plus, par les bonbons donnés aux enfants, l'antique réflexe de l'offrande médiatrice d'une protection contre les mauvais jetés contre nos vies ? L'Halloween, américain et commerciale, certes, mais profondément humain.
Jean Loignon
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